Menée conjointement avec le quotidien le Monde, l'enquête s'attache à retracer l'itinéraire de cet ancien coureur modeste devenu «coach et mentor» selon ses propres dires, de plusieurs dizaines de champions français en flirtant sans cesse avec les lignes: condamné pour exercice illégal de la médecine en 1999, Bernard Sainz, 72 ans, ne l'a curieusement jamais été pour dopage. «Pour l'instant», prévient Bruno Genevois, président de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), dans le reportage. Car les témoignages et pièces à charge produits par ses journalistes semblent accablants.
Pourtant très prudent, Bernard Sainz s'y fait en effet piéger comme un débutant par une caméra cachée portée successivement par deux coureurs en activité dans la brasserie parisienne où il donne ses rendez-vous interlopes. On y voit et entend distinctement le «praticien», autoproclamé homéopathe, ostéopathe et acupuncteur, officiellement prescripteur de simples granules homéopathiques, conseiller à ses «patients» la prise d'EPO (érythropoïétine) et de clenbutérol, un anabolisant utilisé pour les chevaux. Une autre séquence montre Sainz «traduire» sur une fiche le code utilisé pour les prescriptions envoyées de manière régulière et anodine sur Internet: 20 granules de Cortisone 5CH égale un comprimé de Diprostène (corticoïde), l'Hamamélis doit être compris comme Kenacort (corticoïde), le Chelidonium traduit en Clenbutérol, etc...
Certains l'appellent «Maître» ou «Dieu»
Autant de preuves niées avec aplomb par l'intéressé, devant les caméras de «Cash Investigation». Les consultations codées de Bernard Sainz ont un prix: 200 euros contre un flacon de gouttes à la caféine discrètement échangés à la brasserie, auxquels il convient d'ajouter 3 à 5000 euros comme ticket d'entrée dans la patientèle mabusienne et des primes en cas de bons résultats: De 1 000 à 5 000 euros en fonction de la place sur le podium. Détail croustillant, l'homme ne possède aucun compte en banque et n'est pas soumis à l'impôt sur le revenu. À de rares exceptions près (les anciens coureurs Jérôme Chiotti et Fabien Taillefer), les patients supposés du «Docteur Mabuse», qui n'a de doctoral que le surnom, font bloc pour soutenir celui que certains appellent «Maître» ou «Dieu».
Raymond Poulidor, qui souligne lui devoir sa seconde jeunesse et sa carrière de quadragénaire, Pascal Chanteur, président du syndicat des coureurs professionnels dont il a «sauvé» le nourrisson eczémateux, Lloyd Mondory, qui refuse obstinément de lui imputer le contrôle positif à l'EPO pour lequel il purge actuellement une suspension de quatre ans. Seules en fait les veuves se livrent vraiment: Elise, madame Philippe Gaumont décédé d'un arrêt cardiaque en 2013, évoque les rapports pathologique des coureurs avec leur «gourou». «On appelait Bernard pour être rassuré. Il conseillait sur les protocoles de dopage: EPO, hormone de croissance... par cure et bien dosé», raconte-t-elle sans détour.
Hérésie médicale
Comme Isabelle, la veuve de Pierre-Henri Menthéour, sans doute la plus triste victime du «Docteur Mabuse». Retiré du peloton en 1986, cet ancien coéquipier de Joop Zoetemelk et Laurent Fignon, frère d'Erwann, a fait confiance jusqu'au bout à son ami Bernard.
Atteint d'un cancer avancé du pancréas, en 2013, il avait cru pouvoir gagner un sursis grâce à un jeûne total de neuf jours prescrit par son ancien mentor. Une hérésie médicale! Une de plus pour celui qui a vraiment fini par se prendre pour Dieu et conclut, face camera, sa défense par une hallucinante question: «Comment peut-on appeler Dieu un dealer de produits dopants?».
(L'essentiel/AFP)
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